Vierzon – Retour au port pour « Le Cher »


Quelle belle aventure que ce retour dans son port d’attache pour cet automoteur (25,50m x 2,60m) construit en 1944 pour la société Desmarais Frères qui ravitaillait en carburant Bourges et Vierzon. Dernier « Berrichon » à avoir navigué sur le canal de Berry jusqu’en 1950.
Après le déclassement du canal de Berry, il devint ravitailleur sur la Seine avant d’être oublié sous un pont à Paris. Promis à la ferraille suite à la cessation d’activités des propriétaires, la société Excellior II qui avait précipité sa vente. Mis au courant, le président de l’ARECABE (Association pour la réouverture du canal de Berry), André Barre, et son équipe vont se mettre en tête un gros projet de sauvetage : le rachat du bateau et son retour à Vierzon sur « son » canal de Berry, ses sources berrichonnes. Comment ne pas citer René Char en pensant à ces passionnés de l’ARECABE qui ont mis tout leur cœur pour sauver ce bateau, devenu désormais patrimoine fluvial des Vierzonnais. « L ‘homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer… ». Un jour de 2014 lorsqu’André Barre et quelques membres de l’ARECABE montaient à bord du « Cher » et découvraient pour la première fois ce beau bateau, l’impensable était devenu le possible, ramener ce « berrichon » devenait réalité. Encore fallait-il subir toutes les contraintes d’usage et tout d’abord le financement. Une souscription fut lancée auprès des adhérents, amis, et autres. Le député Nicolas Sansu y allant de sa réserve parlementaire avec un gros chèque à la clé mais tous avaient cette envie rivée au cœur : ramener « Le Cher » sur son canal de Berry à Vierzon. Ensuite, pour les mesures et travaux de sécurité afin de le rendre apte à la navigation, il fut conduit aux chantiers navals de Villeneuve-le-Roi. En cale sèche « Le Cher » affichait un bon état général, les cuves n’étaient pas oxydées, seules des dégradations occasionnées par des malveillants avaient endommagé la structure : gouvernail volé, radio et accessoires également. Qu’importe, l’opiniâtreté des membres de l’ARECABE n’allait pas les arrêter et vendredi 21 septembre « Le Cher » était mis à l’eau sur son quai vierzonnais. Tout d’abord face au forum hissé par deux énormes grues du camion qui l’avait conduit de Briare à Vierzon après bien des péripéties routières notamment le passage sous les ponts où il a fallu démonter quelques pièces pour réduire la hauteur. Bref, il était bien là et nombreux étaient les Vierzonnais venus voir ce bateau enfin sur l’eau. André Barre et ses compagnons pouvaient hisser le drapeau tricolore flanqué de celui de l’Europe à l’arrière du bateau et le piloter jusqu’à son quai d’amarrage près de l’espace guinguette face au jardin de l’Abbaye. Réception officielle ensuite, sobre et conviviale où les discours furent dans la simplicité, l’essentiel était de montrer qu’à « l’impossible nul n’est tenu » et qu’avec passion et ténacité (il fallait en avoir face aux tracasseries administratives dont notre beau pays a le secret dans bien des domaines) : « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». « Lorsque quelque chose vous tient vraiment à cœur, essayez-le même si cela a peu de chances de réussir ». Eux ils l’ont fait et ont mis en application ces belles paroles de Mark Twain. « Merci à tous ceux qui nous ont aidé disait avec simplicité » le président de l’ARECABE, André Barre, sous les applaudissement des nombreuses personnes venues voir et saluer ce beau projet. Pionniers, bâtisseurs, amoureux du tourisme fluvial et passionnés par ce que définissait un jour de 2013 à cet endroit même le président «  C’est le couloir de vie car la voie d’eau participe non seulement à la circulation des personnes mais est également un système vivant qu’il faut entretenir, restaurer et préserver. Nous devons, avec les acteurs potentiels permettre au public de s’approprier le canal de Berry ». Nicolas Sansu remerciait l’ARECABE et son président pour cette réalisation avant de s’engouffrer dans les entrailles du « Cher », une visite osée pour l’édile en costume mais le personnage n’est pas du genre à se soucier d’un tel paramètre : « Merci cher André, merci à l’ARECABE pour ce grand jour qu’est l’arrivée du « Cher dans notre ville ancrée dans son passé autour de l’eau. Vous mettez à l’honneur l’identité de notre cité avec cette réussite faite d’obstination, d’abnégation, de persévérance, de combats, notamment face à l’administration et aux administrateurs judiciaires. Nous avons fait en sorte financièrement pour que ce bateau soit ici et nous ferons, ville de Vierzon, en sorte qu’il retrouve tout son état et participe à l’attractivité de notre territoire… ». Monsieur le sous-préfet présent à cette manifestation semblait lui aussi émerveillé d’une telle opération, prenant même des photos de cet instant magique. On pourrait conclure cette belle aventure par cette citation de Jacques Brel : « L’aventure c’est le trésor que l’on découvre chaque matin ». Alors, par ce matin de septembre, commence l’aventure du « Cher » de retour à Vierzon pour y être découvert ou pour les plus anciens, redécouvert.
Jacques Feuillet

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