Servante écarlate, gilet jaune, aux armes, et cætera… par Fabrice Simoes

Alors que Manu et ses potes se calfeutrent derrière les grilles de Versailles ou de l’Élysée, on ne sait plus trop où tant Manu a la tête proche de celle des derniers Bourbons. Alors que les représentants de la majorité se marchent sur les pieds pour ânonner que la France est plongée dans un mode de fonctionnement politique honni par tout gilet jaune normalement constitué, l’anarchie. Alors que Pierrette, Pierre, Paulette, Paul, Jacquelinette, Jacques (match nul) font le pied de grue sur l’asphalte des routes de France les mains engoncées dans les poches de gilets jaunes (c’est une image), il convient d’expliquer, ce sera la dernière fois avant la révolution, la vraie, que l’anarchie ne peut bien fonctionner que si elle est bien organisée !!! Sur les routes, pour se « battre contre les taxes », les gilets jaunes sont persuadés d’être des milliers, des centaines de milliers, des millions même. En toute bonne foi d’ailleurs. Portés par l’auto-satisfaction d’un réseau antisocial où toutes possibilités de dire autre chose que du bien sur le mouvement n’est pas seulement interdite mais peut conduire à une forme de lynchage méthodique, ils sont certains d’être plus nombreux encore ; plusieurs dizaines de millions même. C’est comme dans un concert où le mec sur scène te dit que tu es le meilleur public du monde après son premier rappel. Tu peux le croire mais tu peux aussi vérifier que c’est bien inscrit à la page 4 du contrat de l’artiste. La veille c’était pareil et le lendemain pas mieux. Tous les meilleurs publics du monde… Pour manipuler les masses rien de tel que cette forme d’onanisme intellectuel individualisé. Un comptage effectué à l’aune de tous les gilets jaunes posés sur les tableaux de bord serait un bon moyen de vérifier de l’effet « Gilet jaune » sur la population. Il faudrait moduler, ne pas prendre en compte ceux qui le placent là par naïveté, faiblesse, voir hypocrisie – pour ne pas rester plus longtemps que les autres derrière un barrage, parce que l’on refuse de le mettre, par principe plus que par conviction – ceux qui ont un boulot et veulent arriver à l’heure. Ceux aussi qui ont fait de l’arrivisme politique un véritable sacerdoce. Parfois c’est au niveau de son village, au niveau de sa ville, parfois c’est au niveau de son département. Les élections ça se gagne là… Rien que dans cette phrase, ce sont trois gilets en moins. Et pourtant, l’enfumage du CICE, la fin de l’ISF, les cadeaux à l’actionnariat, la marchandisation de la santé et des services publics sont autant de raisons de mettre son gilet jaune. Malheureusement, il est du gilet jaune comme du rire. On ne peut l’envisager avec tout le monde ! En Mai 68 il était interdit d’interdire. En novembre 2018, il est interdit de ne pas être d’accord. Un gilet jaune hors tableau de bord, « c’est un manque de respect » Si, si… Ne pas vouloir comprendre que le gilet jaune est un symbole c’est même comme « cracher sur le drapeau national ». Si, si… Un mot et on s’exclut du groupe. Une phrase, une idée différente, c’est l’excommunication assurée. Si, si… Un début de totalitarisme qui n’a même pas la décence de se camoufler derrière un semblant de démocratie populaire. À ce rythme là on n’est pas loin de finir dans un camp d’internement. Reste plus qu’à trouver un ou une chef-fe, un Pol Pot à la mode Khmers rouges pour assurer le génocide. Pour le moment, pas de chef, pas de leader, pas de politique, pas de syndicat. Non, non pas les privilégiés des syndicats qui bloquent quand on va au boulot. Ni les cheminots, surtout pas les cheminots. Ni les profs – 18 heures par semaine, 4 mois de congé et puis quoi aussi – pas les fonctionnaires, y en a trop… « Nous on est le petit peuple. » C’est celui qui dit qu’y est. Populiste on vous dit ! Poujadiste plus encore. Ah qu’il aurait aimé cet enthousiasme de toute une nation pour ses idées, ce bon Pierre. Antiparlementaire, réactionnaire, populiste, le triptyque est bien là. Encore un petit zeste de démagogie et une partie de FI va rejoindre le RN (ex FN). Un parcours à la Doriot en quelque sorte. Et puis, malgré l’omniprésence des manifestations dans les médias, le gilet jaune n’aime pas les journalistes. On les course, les conspue, ces « salauds de vendus à Macron ». Si, si… Qu’un pigiste – plus précaire tu meurs- de BFM Tv, ou d’une radio régionale, se pointe sur un barrage et le flot d’invectives plus nauséabondes les unes que les autres se déverse. Son seul privilège est d’aller essayer d’expliquer à pôle emploi qu’il n’est pas intermittent malgré un contrat de travail par jour ! Petite précision : le journaliste, pigiste ou pas, n’a pas le droit d’utiliser le vocable « petit peuple ». Cette utilisation à des fins professionnelles est généralement jugée comme méprisante, voir haineuse ! Si, si… Pendant que des femmes, plus nombreuses que les gilets jaunes sur les champs, défilaient pour lutter contre les violences sexistes – là on pourrait vraiment discuter du traitement de l’information – d’autres, en nombre important, tenaient les points de blocages. Entre les Servantes écarlates du Blanc ou les blouses blanches des infirmières, la femme est décidément l’avenir de l’homme ! Avec certaines gilets jaunes, ça peut foutre les jetons…

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