« Ne tirez pas la laie meneuse »

ON EN PARLE Les chasseurs de sanglier contestent l’interdiction de l’agrainage. Pour eux la régulation des populations de sangliers passe d’abord par l’éducation des chasseurs.
Pierre Belsoeur

Un enclos avec lanière électrique continue, c’est la solution pour avoir le même tension électrique sur toute la clôture. Aucun sanglier ne s’est avisé d’aller piétiner le semi de blé.

Guy Roy et Gérard Carré ne se connaissaient pas avant que ne tombe l’arrêté préfectoral interdisant l’agrainage dans l’Indre. Ils avaient pourtant de bonnes raisons de se rencontrer. Tous deux sont des passionnés d’un animal dont ils connaissent les moeurs et admirent l’organisation sociale.
« Le sanglier, affirme Gérard Carré ne doit pas être traité de cochon. Il est beaucoup plus intelligent que les porcs domestiques. J’ai passé des nuits entières à les observer et lu beaucoup d’articles qui leur sont consacrés, en particulier ceux de François Magnien, le spécialiste sanglier de l’office national des forêts. »
Au milieu de son domaine du Chillou, petit paradis pour chasseurs et amoureux de la nature aux portes de Saint-Michel en Brenne, Gérard Carré est un vieux sage placide qui met en pratique ses idées, avec des résultats qui font applaudir Guy Roy, président départemental des chasseurs de sanglier.
« Gérard n’a pas perçu de dégâts de gibiers depuis longtemps… parce qu’il n’en a pas, malgré la cinquantaine de sangliers adultes qui déambulent au milieu de ce territoire de brande, d’étangs, de bois et de parcelles cultivées.»
Et pour démontrer le bien fondé de l’agrainage dissuasif, Guy Roy a invité le Petit Berrichon à venir vérifier que sa philosophie du contrôle des populations de sangliers pouvait se passer d’un arrêté préfectoral qu’il conteste en faisant circuler une pétition parmi les chasseurs de l’Indre.

La patronne c’est la laie meneuse
« Quand je me suis installé agriculteur au Chillou en 1986, explique Gérard Carré, j’ai cédé à la facilité de l’indemnisation. Et puis, j’ai rapidement compris que ce n’était pas sain. Alors j’ai clôturé efficacement mes parcelles cultivées, en entretenant les clôtures et depuis des années je ne perçois plus d’indemnités de dommage aux cultures. Parallèlement à ce travail, je pratiquais un agrainage dissuasif sur un circuit de deux kilomètres, éloigné des cultures où je répandais avec un vieux tracteur l’équivalent de cinquante kilos de maïs une à deux fois par semaine. Non pas en petits tas mais en volatilisant les grains grâce à un semis à engrais sur cinq à six mètres de large, sur le chemin et ses bas côtés. (Effectivement en circulant sur ces chemins, à bord du véhicule électrique tout terrain qui lui permet de parcourir son domaine, on peut vérifier que même si l’agrainage a cessé les terrains sont régulièrement fouillés par le groin des sangliers). Il ne s’agit pas de nourrir les sangliers – cet agrainage profite aussi aux cervidés et aux faisans d’ailleurs- mais de les occuper pour qu’ils n’aillent pas forcer les clôtures.»
L’opération peut aussi permettre de fixer les animaux sur un territoire, mais pour les deux chasseurs, le sanglier est plutôt casanier. « Et si vous voyez leur bauge, s’enthousiasme Guy, on pourrait y poser une nappe et y pique-niquer, contrairement aux idées reçues. » Seulement il faudrait d’abord pénétrer les ronciers pour y parvenir. Car l’animal n’est pas dans son élément normal dans les régions de grande culture, il a besoin de sous bois et de taillis pour vivre sa vie de sanglier.
« Une vie sociale très organisée, détaille Gérard. La patronne c’est la laie meneuse, c’est elle qui dirige la compagnie d’une vingtaine d’animaux en général. Ses chaleurs déclenchent les chaleurs des autres femelles de la compagnie. C’est pour cela qu’il est essentiel de ne pas la tirer. Si elle disparait c’est l’anarchie et les jeunes femelles sont saillies avant d’avoir un an. Elle est facile à repérer, c’est elle qui sort la première du fourré. Car la laie « parle » à ses marcassins et lance les signaux d’alerte lorsqu’un danger se présente. Il faut la laisser passer et tirer les animaux roux, pour éviter que la population d’adultes croisse.
Et puis si une laie s’introduit dans des cultures, il faut tirer un de ses petits et elle n’y reviendra pas de sitôt, car ces animaux ont de la mémoire.»
Quand Gérard raconte, on comprend vite et l’on voit effectivement le sanglier sous un autre jour.

La menace de la fièvre porcine africaine
La fièvre porcine africaine a fait son apparition en Belgique et menace de s’étendre en France. Dans ce cas, ce serait la population de sangliers qui serait décimée par la maladie, mais elle pourrait aussi toucher les porcs puisque élevages porcins et faune sauvage ne sont pas deux mondes étanches à 100%. Il faut donc éviter la prolifération des sangliers, tout le monde est d’accord sur ce constat, mais il faut surtout limiter leurs déplacements estiment les chasseurs de sanglier grâce à l’agrainage. Il sont sur ce point en parfait accord avec leur président national, Willy Schraen, mais pas avec les dirigeants de la fédération de l’Indre qui on pris, avec le préfet, la décision d’interdire cette pratique. La fédération de l’Indre s’est d’ailleurs bien gardée de relayer la parole du président, que la section départementale de l’association des chasseurs de sanglier ne manque pas d’associer à sa pétition.


DECRYPTAGE ▶ L’Indre en tête des indemnisations
La peste porcine n’est pas la seule raison de l’interdiction de l’agrainage. Les partisans de cette interdiction estiment que l’on réduira ainsi la surpopulation. Ils ont aussi en tête le montant de l’indemnisation des dégâts causés aux cultures. Le ratio entre ce montant et le nombre d’animaux tués donne 67,10€ pour l’Indre, à égalité à la première place avec la Meuse, l’Yonne ou la Côte d‘Or, à l’autre extrémité ce ratio est de 17,50€ pour le Gard où l’on tue 30 000 sangliers par an !
Les chasseurs de sangliers ne contestent pas ces chiffres mais font tout de même remarquer que ceux qui empochent une bonne part des dégâts de gibiers, vendent des actions de chasse sur leurs territoires. « Une mauvaise parcelle cultivée plus des dégâts de culture, ça fait un rendement » laisse tomber, Gérard Carré dans un sourire.
Contact Fédération des chasseurs de sangliers :
Guy Roy 06 83 21 37 02 – guy.roy0202@orange.fr pour tous renseignement sur la pétition.

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