Les méfaits d’un sorcier berrichon

Le jury du Cher s’est prononcé jeudi sur une curieuse affaire née de la terreur qu’inspire encore dans les campagnes du Berry le pouvoir des sorciers.

Pierre Mérot, maçon, demeurant à Saint-Georges-sur-Moulons se croyait depuis un certain temps en butte aux persécutions de Anatole Ganet, auquel il attribuait un pouvoir de sorcier. Ce dernier, loin de combattre cette croyance, abusait par ses plaisanteries de la simplicité de Mérot. C’est ainsi que, le 10 avril dernier, vers six heures du matin, l’ayant rencontré dans un chemin, il lui dit : «Tu n’est donc pas mort? » Exaspéré par ce propos, et voulant en finir avec les sorts que lui jetait le prétendu sorcier, Mérot se précipita sur lui et lui porta un coup d’une violence telle que Ganet succomba dans la soirée.

Sur demande du président, au sujet des actes commis par Ganet à son égard, Mérot répond:

«  Il m’interpellait, frappait à ma porte. Une nuit, au lit, j’étais prêt à cracher ; du dehors, à travers ma porte, il me dit de cracher à droite ; or, il ne m’avait pas vu, et ne pouvait pas savoir si j’allais cracher sans être sorcier. A plusieurs reprises, il ma donné la colique : deux fois, il ma frappé de paralysie.

– Etes-vous bien sûr que c’est lui qui vous a donné ces maux?

– Oui, puisqu’il me les annonçait à l’avance. D’ailleurs, il en a ensorcelé bien d’autres,

– Comment opérait-il ?

– Par des frottements, par des signes et plusieurs autres manières.

– Enfin, vous croyez ce que-vous dites ?

– Monsieur, il fut un temps où je plaisantais la croyance aux sorciers ; mais depuis j’ai changé d’avis. D’ailleurs, demandez aux habitants de St-Georges ce qu’ils en pensent.

Les témoins appelés à déposer semblent d’ailleurs abonder dans le sens des dires de Mérot et déclarent qu’ils ne croient « pas trop » aux sorciers, mais que cependant « il ne faut pas dire non ».

Le jury, malgré le réquisitoire de l’avocat-général Kuntz, demandant la condamnation de Mérot, a acquitté le meurtrier du « sorcier ». Les jurés ont pensé, comme les témoins, qu’il n’y avait pas lieu de « trop croire » aux sorciers, mais que cependant « il ne fallait pas dire non ».

Article publié le 30 Juillet 1904 dans le Journal « Temps »

Partager cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email