Le Berry des bords de Loire

Sébastien Boudin (au fond, au centre) en promenade sur la Loire, à partir de Marseilles-les-Aubigny.

2015

Cette année-là, le 16 janvier, la Région Centre est devenue la Région Centre-Val de Loire, une dénomination attendue par les forces vives du territoire et aussi, plus confusément, par le grand public. Le « Centre », dénomination ancienne qui, géographiquement, concernait surtout le pays de St-Amand, n’était plus jugée parfaitement exacte et suffisamment porteuse. L’idée était bonne, d’associer au cœur de France, le Val de Loire, donc le fleuve, royal selon certains, sauvage pour d’autres, piqueté de châteaux, région dite aussi « vallée des rois », par les amateurs d’Histoire. La Loire, selon le logo officiel de 2015, c’est bien ce trait bleu qui traverse la Région d’est en ouest et qui arrose Orléans, Blois et Tours, une entité réputée notamment sur le plan touristique. Mais, dit comme cela, on pourrait croire que le fleuve est né à Briare, ce qui est faux, évidemment, il vient de bien plus loin. Un peu plus au sud et plus discrètement, il ne traverse pas le Berry mais il le borde, sur 60 km tout de même, de Belleville-sur-Loire au Bec d’Allier. Le voyageur peut découvrir cette région en voiture, mais aussi, de façon peut-être plus agréable, en vélo1. L’itinéraire aménagé de La Loire à vélo, véloroute tracée du Berry jusqu’à l’Océan, alternativement voie vélo et voie partagée, offre sur son chemin des panoramas sur le fleuve, le charme et les commodités des villages et des petites villes appréciés par les cyclotouristes. Sur le même itinéraire ou presque, le canal latéral à la Loire est fréquenté en été par les plaisanciers qui peuvent, en navigant sur cette voie d’eau centrale, rejoindre le cœur du Morvan au sud et la région parisienne au nord.
Les pays ainsi traversés, observe le géographe2, se situent « aux confins de la Loire». On pourrait dire aussi « aux confins du Berry». Ils « encadrent la Champagne berrichonne de paysages plus accidentés, plus boisés, plus morcelés. Leurs populations sont un peu plus âgées, un peu plus agricoles et industrielles qu’en Champagne, avec moins de cadres et d’employés, sauf localement, et des familles plus étroites, moins d’enfants et des revenus un peu plus bas2 ». Au nord, on passe rapidement devant les grandes cheminées de Belleville pour découvrir les coteaux riants, en partie couverts de vignes, qui dominent la Loire ; on s’arrête à Sancerre, ville modérément médiévale, vins et fromages réputés, pour plonger ensuite vers la Réserve naturelle nationale du val de Loire, faune foisonnante et flore préservée, prairies sèches nettoyées et enrichies par les brebis de Past’horizon, et son éco-pâturage. C’est dans ce secteur, que se situe le milieu du fleuve, puisque décidément le Berry est au centre de tout. Vous l’ignoriez peut-être : à Pouilly -sur-Loire et en face, nous sommes à mi-distance entre la source et l’embouchure du fleuve-roi (503 km de chaque côté). Plus au sud, Marseilles-les-Aubigny attire le regard avec son port fluvial au confluent du canal latéral et de l’Aubois, autrefois rejoints par canal de Berry. Nous ne sommes plus très loin du Bec d’Allier qui marque la fin de cette promenade dans ce pays à la fois berrichon et ligérien.
Car, entre ces campagnes berrichonnes très diverses (forêts, prairies, vignobles…), le véritable lien, c’est la Loire. Un paysage unique dans notre province, celui du fleuve le plus long, irrégulier, dont la largeur varie selon le lit, unique ou divisé en chenaux par des îles et des bancs de sable ; sans compter les barrages : navigation réservée aux initiés ! Pour cette raison et pour d’autres, l’activité autour et sur le fleuve reste modeste. Peu de gens en vivent directement. Seules, quelques poignées de berrichons, tout à la fois anciens paysans, menuisiers et marins le font et ils en sont fiers. Ils n’ont pas l’intention de changer d’activité. Voici, par exemple, Sébastien Boudin, qui construit lui-même des bateaux à fond plat, les toues, sablières ou cabanées, un homme passionné par le fleuve, sa faune, la flore qui le borde et les lumières qui changent au gré des heures et des saisons. Un gars né ici qui organise, avec le matériel qu’il fabrique, des balades sur l’eau très appréciées. De jour mais aussi de nuit. Et voir, dans ce cas, « la Loire, large, sereine et souveraine, qui coule sous les étoiles, à perte de vue3. » Belle promenade !
1 www.loireavelo.fr
2 Roger Brunet, Atlas de Berry,
La Geste, 2017.
3 Maurice Genevoix, www.canalacademie.com/emissions/eff516.mp3.

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