La petite maison au fond du jardin

Accolée à un jardin ombragé, la maison comporte deux étages d’habitation sous un toit à l’italienne.

2018 Cette maison, tous les Berrichons de Paris la connaissent. Les Berrichons d’ici, peut-être pas. En fait, elle n’est pas aussi petite qu’on le dit. A Paris donc, au pied de la butte Montmartre voici le 16 de la rue Chaptal, une entrée sans prétention, puis une allée bordée de robiniers puissants et, au bout, une maison aux volets verts qui ressemble à aucune autre. Quatre fenêtres et une porte au rez-de-chaussée surélevé, cinq fenêtres à l’étage, ce n’est pas très grand mais, quand même, il y a de la place. On l’appelait autrefois la petite maison au fond du jardin1, peut-être parce qu’elle avait été construite dans un quartier très mode (la Nouvelle Athènes) où fleurissaient des hôtels particuliers plus prétentieux, peut-être aussi parce qu’elle était un peu mascotte, vous allez bientôt savoir pourquoi. C’était la maison du peintre hollandais Ary Scheffer (1795-1858), professeur de dessin des enfants du duc d’Orléans, représentant remarqué du courant romantique, une célébrité. Quand il tenait salon, on s’y précipitait. Quelques noms? Delacroix, par exemple, mais aussi Rossini, Tourgueniev, Dickens, Pauline Viardot, Liszt, Marie d’Agoult, Chopin et, bien sûr, George Sand. La petite maison au fond du jardin était une maison d’artistes. Elle le resta. Les descendants du peintre Scheffer organisèrent sur place un atelier salon qui continua à accueillir des personnalités des arts et des lettres jusqu’au milieu du XXe siècle. Et puis, cette belle histoire eut une fin. En 1956, la maison fut vendue à l’Etat et devint, après plusieurs tentatives de reconversion, une annexe du musée Carnavalet. Par ailleurs, depuis 1923, ce musée était donataire d’un ensemble de 170 œuvres d’art, offertes par Aurore Lauth-Sand, la petite fille de George. Il y avait dans cette collection des meubles, des portraits, des dessins et des bijoux, souvenirs de famille jusque-ici conservés à Nohant et qui, transportés à Paris, pouvaient entamer une nouvelle vie. Mais Sand au musée Carnavalet, était une célébrité parmi bien d’autres. Marcel Proust, Anna de Noailles et Paul Léautaud y avaient leur chambre. Sans compter Madame de Sévigné, Lamartine, Zola, etc. Qui donc eut l’idée de détacher George Sand de ce cénacle pour l’installer rue Chaptal ? Peu importe. L’essentiel est qu’elle est bien là, captant la lumière, dans la petite maison au fond du jardin qu’elle partage avec Ary Scheffer, autrefois maître des lieux, et qui l’accueillait ici avec plaisir.
Ici donc, en 2018, en plein Paris mais à l’abri des bruits de la rue, protégé par une toison de fleurs et de verdure, vous poussez la porte et, miraculeusement, vous prolongez Nohant. Le rez-de-chaussée est, pour l’essentiel, consacré au souvenir de George Sand. Avec une spécialité : le roman familial, comme l’explique fort bien Jérôme Godeau2. Les œuvres d’art exposées proviennent, en grande partie « de la grand-mère de la romancière née sous Louis XV, Mme Dupin de Francueil. Des reliques qui avaient déjà, aux yeux de la romancière, la patine du souvenir et plus encore la charge d’objets fétiches ». Au centre du grand salon, le visiteur est tout de suite attiré par le portrait de George, imposant, magnifique, signé Auguste Charpentier, en 1838. Et tout autour, dans cette pièce ou la pièce voisine, ils sont tous là ou presque, les ascendants et les descendants de la romancière : depuis le pastel du célèbre Maréchal de Saxe, arrière grand-père naturel qui fit couler un peu de sang royal dans les veines de la famille, jusqu’aux enfants de George, Maurice (visage trop fin et grand chapeau) et Solange (dite méchamment « la grosse», portrait signé Clésinger). Le musée contient aussi d’autres trésors, des portraits d’amis (Musset, Liszt…) et des effets personnels de George Sand (plumes, coupe-papier, boîtes, bagues, colliers…) qui ajoutent une touche d’intimité profonde à l’ensemble. Le tout installé dans un décor d’époque : les tapisseries murales, les meubles en acajou, la commode en marqueterie, nous rapprochent de Nohant. On en oublierait presque le premier étage, dominé par les toiles d’Ary Scheffer qui participa comme George Sand, au développement du romantisme, mouvement culturel central au XIXe siècle. Oublierait-on aussi le fond du jardin qui, depuis deux cents ans, a conservé sa place ? Pas du tout. Grands arbres protecteurs, bouquets fleuris et serre moderne, arrête-vous dans cet écrin de verdure, éloigné de l’agitation bruyante de la capitale, devenu salon de thé et même un peu plus. A propos, savez-vous comment on appelle ce coin de Paris où l’on peut encore rêver ? Le musée de la Vie romantique. Bien trouvé, n’est-ce pas ?

1 Jules Janin, 1852.
2 Jérôme Godeau, George Sand, impressions et souvenirs, Paris musées, Ville de Paris, 2008, ouvrage conseillé pour prolonger la visite.

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