Gilet jaune, bonnet rouge et blanc bonnet par Fabrice Simoes


Manu et Phiphi, permettez que j’appelle notre premier ministre Phiphi, sont inquiets. La révolution est en marche. Certains l’ont attendue et le grand soir est prévu dans la journée. Comme quoi tout change. On bloque tout. On ne va pas faire de courses. Ça va foutre un de ces boxons. Le lendemain surtout. Et puis, ceux qui peuvent pas bloquer ou ne pas faire leurs courses le 17 novembre prochain peuvent toujours mettre un gilet jaune sur leur tableau de bord. Et même le mettre avant le 17 s’ils le veulent pour montrer combien ils ne sont pas contents. Oulala, les gilets jaunes, Manu et Phiphi, ça les fait réfléchir autant qu’une envolée d’hirondelles un soir d’automne. C’est que ça fout les chocottes un gilet jaune sur un tableau de bord. Autant que la sorcière de l’Ouest, Zelena, dans le Magicien d’Oz mais elle c’était des chaussures rouges qu’elle avait.
Le point positif du mouvement c’est que cela fera du boulot de moins pour la maréchaussée : plus besoin de vérifier si le véhicule est équipé du gilet jaune. Déjà que la conversation était limitée lors des contrôles sur nos routes départementales à 80km/h. Point négatif, l’idée du gilet jaune sur le tableau de bord, ça ne fait pas très joli avec une voiture rouge.
Depuis la vidéo de madame Jacline Mouraud, sur le site fr.sputniknews.com, et surtout son interview par M’sieur Bourdin, le journaliste qui pose toujours les questions qui fâchent Melenchon, où elle se plaint que le coût du plein du réservoir de son 4 x 4 avoisinait les 100 euros, comme qui dirait qu’un doute m’habite. Décidément notre société est passée maître dans l’art de l’enfumage… Mettre son gilet sur son tableau de bord c’est comme un ouvrier qui va pointer à l’usine les jours de grève pour voir qui sont les « salauds de non-grévistes. » Pleurer sur les 7 centimes de taxe supplémentaire sur le diesel, dans deux mois, c’est un bon moyen pour faire oublier qu’on pompe réellement sur un salaire déjà gagné, mais différé, aux retraités quels qu’ils soient. Mettre un gilet jaune sur son tableau de bord, c’est faire abstraction des 20 milliards d’Euros qui sont voués au CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Une aide à l’emploi qu’ils disaient… 100 000 postes paraît-il de créés ! Même pas bon en calcul mental, ça fait 200 000 boules par tête, par an. Perso, je ne crois pas avoir de connaissance parmi les 100 000 nouveaux embauchés, ou « sauvés », sinon ils me l’auraient dit et on aurait déjà arrosé ça ensemble, avec modération bien sûr. Quoique, avec un salaire à ce niveau-là, ils ont dû changer de quartier et, du gilet jaune, ils s’en tapent le coquillard.
Mettre un gilet jaune sur son tableau de bord va très certainement aider à un meilleur équilibre du budget de l’état. Autant que la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. Autant que la baisse de l’impôt sur les sociétés.
On devrait mettre un gilet jaune à la porte des lycées, des collèges et des écoles primaires. Cela devrait indéniablement aider les profs et les instits, parmi les moins bien payés d’Europe, dans leur boulot de tous les jours dans un rôle qui n’est pas le leur, celui de remplacer des parents qui mettent un gilet jaune sur leur tableau de bord, face à des classes parmi les plus surchargées d’Europe. Le temps qu’on y est, on devrait en mettre aussi, des gilets jaunes, coulés sur les portes des maternités, des bureaux de postes. C’est tellement efficace le gilet jaune que c’est aussi fort que des cocottes en papier posées sur un bureau pour éloigner les éléphants… Vous avez déjà vu des éléphants dans un bureau, vous ???
Mettre un gilet jaune sur son tableau de bord, c’est jouer avec les idées, populistes plutôt que populaires, des Salvini, Erdogan, et consorts. C’est aussi donner un blanc seing à un « misogyne, raciste et homophobe », selon Le Monde, comme Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil. On a bien fait de la gagner la dernière coupe du monde, parce que sur ce coup là on voit ce que ça donne si on se plante sur le terrain ! On dit merci qui ? Pas sûr que Didier des villes et Deschamps le mette le gilet jaune, en plus. A partir de maintenant, les derniers indiens d’Amazonie peuvent essayer de mettre des gilets jaunes, sur le bout de leur pirogue par exemple, cela n’empêchera pas Bolsonaro de donner aux multinationales ce qu’elles désirent dans le secteur, soit leurs terres et tout ce qui est dessus et dessous. Quant à se mettre un gilet jaune sur le dos pour traverser la rue… Les Pataxos auraient trop peur d’être pris pour des vététistes en période de chasse !
Le gilet jaune est à l’aulne des bonnets rouges de 2013. Il conforte chacun dans son propre quant à soi ! Tout ça n’est que bonnet blanc et blanc bonnet. Et ça n’a rien à voir avec la couleur. Finalement, mettre un gilet jaune sur son tableau de bord ressemble tout autant à une révolution que le Canada Dry à de l’alcool. De quoi faire marrer Danton, Robespierre, Hugo (après 1851), Jaurès, Trotsky, Marx, Che Guevarra, non ?

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