De l’autre côté de la rue par Fabrice Simoes


Manu, not’président à nous, aime tous les enfants de la République même si, selon certains sondages totalement orientés et subjectifs, son peuple ne l’aime plus. Il aime le petit malfrat des Antilles. Il aime les horticulteurs. Il aime les restaurateurs. Il aime les smicards. Il aime jouer aux vases communicants en transformant une part du salaire brut en salaire net pour pas que les patrons aient à augmenter eux-même la masse salariale prolétarienne. Manu aime les effets d’annonce et tout son tralala. Manu l’a dit au JdD, il ne changera pas sa politique de l’enfumage. Alors, Manu le fait. Et comme c’était la rentrée, Manu a sorti de nouvelles mesures de sécurité routière. L’auto et tout ce qui roule et marche autour, ça épaissit toujours plus le nuage. Au programme, outre l’éthylotest anti-démarrage pour empêcher de rouler bourré – la ruine pour Eddick Richel et Rita Brantalou – nous avons la mouture 2018 de la protection des piétons. Désormais « tout conducteur est tenu de céder le passage au piéton s’engageant régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifestant clairement l’intention de le faire » sinon il perd 6 points, au lieu de 4, sur son précieux permis de conduire. Mathématiquement cela veut dire qu’au bout de deux refus de priorité, ou accidents, avec des piétons concernés, on n’a plus de permis, au lieu de trois par le passé. Cela n’empêche pas le contact éventuel vous me direz. De conduire sans permis non plus. De conduire, sans éthylotest, sans permis et bourré, encore moins … Au début je pensais simplement que cette mesure voulait accréditer la notion d’arrêt plus facile de la voiture sur la route, comme pour les 80 km/h qui vous permettent de s’arrêter 13 m plus tôt mais pas le camion qui vous suit de trop près. Pour le piéton, sur son bord de trottoir, on sait d’ores et déjà qu’il est en bascule. En état semi-stationnaire. Surtout, selon les instances officielles ou considérées comme telles, le nouveau texte voulait permettre d’assurer la survie du piéton âgé, généralement retraité et entrant dans la case des 1,7 % de CSG. « Plus de la moitié des piétons tués sur les routes sont âgés de plus de 65 ans. Au regard de la forte augmentation de la mortalité des piétons et dans le contexte du vieillissement de la population, le dernier CISR a pris une série de mesures fortes pour protéger les piétons ». C’est que 1,7 % ça fait du pognon à récupérer, alors si on tue les poules aux œufs d’or … Par ailleurs, on ne précise pas si c’est pour sauver l’ex-conducteur sans points, de plus de 65 ans, qui devient piéton ! Et puis voilà, Manu est passé par ici. Il est passé par là. Il a pu apporter sa petite touche personnelle. En bon seigneur du royaume, omnipotent et spécialiste de ses sujets, Manu a franchi la barrière des classes. Il a donné des conseils, si, si, Manu est si bon, à un horticulteur en recherche d’emploi. Et comme énoncé plus haut, Manu aime les horticulteurs. « Ola mon brave, prend ton cœur – Manu est poli – à deux mains mon cousin. Traverses et rejoints l’autre rive de ce chemin tandis que le soleil poudroie et l’herbe verdoie. Laisse là croc à fumier, bêche, sarcloir, bambou géant et rosier nain. Va-t-en quérir, dans l’hostellerie ou autre estaminet, un boulot de loufiat en guise d’emploi. » Et tout s’éclaire. Au nombre de chômeurs potentiellement concernés, la mesure relative à la protection des piétons se devait donc d’être interprétée différemment qu’en un simple sauvetage d’une espèce menacée. Que nenni. La mesure n’est pas faite pour laisser la traversée libre des vieux marcheurs des agglos, des villes et des villages. C’est en fait une mesure de lutte contre le chômage tout bonnement. Mieux on traverse, plus on a de chance de trouver du boulot, c’est Manu qui l’a dit avec ses mots à lui comme Tennessee. Cependant, une question me taraude, de la même manière que se demandait Coluche au sujet des trains qui pouvaient en cacher un autre : les chômeurs qui stationnent sur le trottoir de droite, en montant, et qui se dirigent vers le trottoir de gauche, en montant, ne devraient-ils pas, immanquablement, croiser les chômeurs qui partent du trottoir de gauche, en montant, vers le trottoir de droite, en montant. D’autant que ceux du trottoir de gauche, en montant, qui vont vers celui de droite, en montant, croiseront immanquablement les chômeurs du trottoir de droite, en montant, qui traversent pour rejoindre celui de gauche, en montant. Ou inversement … Je perçois chez certains lecteurs comme une forme de lassitude en lisant ces quelques lignes. Aurais-je perdu quelques-uns d’entre vous en traversant la route ? Les réponses à Manu sont décidément à l’aulne du récurrent « dites moi ce qu’il vous manque, je vous dirait comment vous en passer… » parce que, de l’autre côté de la rue, j’ai été voir. C’était pareil ou tout comme ! De l’autre côté de la rue. Y’a une fille, y’a une belle fille. Qui a tout ce qu’il lui faut. Et même le superflu. De l’autre côté de la rue. Elle a de l’argent, une maison, des voitures… Merci Édith, mais puisque l’on te dit que Manu nous l’a déjà chanté…

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