Comment les vins de Reuilly ont débarqué à Paris ?

Dans les années 60, un petit vin surtout connu des berrichons va se faire connaître et apprécier dans la capitale. Plusieurs vignerons ont trouvé des filières pour installer le Reuilly à Paris, mais un couple de restaurateurs du Prè-Saint-Gervais va largement contribuer à cette notoriété : Jean et Rolande Thibault. Leur restaurant s’appelait le Pouilly-Reuilly !

Rolande est berrichonne, de Châtillon-sur-Loire, surtout n’allez pas lui raconter que les 9 communes berrichonnes du Loiret, ce n’est plus vraiment le Berry ; elle aura tôt fait de retrouver son accent berrichon pour vous répondre « M’sieur, on y’ est à l’ limite, mais croayez-moué, la lisière èl’ vaut ben l’drap ! ». Son solognot de mari n’est plus là pour en parler, mais tous les détails sont encore bien vivaces dans la mémoire de Rolande. L’histoire commence dans les années 60. Jean Thibault est chef dans une table remarquable du 16 boulevard Saint-Germain « Chez Raffatin et Honorine ». Le patron est berrichon, Robert Ducollège. Il a en vue de racheter une « auberge » au Prè-Saint-Gervais : Le Pouilly. Il propose à Jean de s’associer à cette reprise. Rolande quitte le ministère de l’Intérieur pour tenir la caisse. Le Pouilly avait été créé dans les années 30 par les Roussillon, un couple de Nivernais qui avaient démocratisé sur la place de Paris un vin de leur pays : Le Pouilly (celui de Pouilly/Loire). Le vin de Pouilly arrivait au restaurant en fûts, les restaurateurs le mettaient eux-mêmes en bouteilles, cela permettait de proposer un vin bien meilleur marché que s’il était acheté directement en bouteilles.

Robert Ducollège propose aux Thibault d’arriver avec un nouveau vin de, un vin du Pays berrichon : le Reuilly ! C’est ainsi que la maison va devenir le Pouilly-Reuilly. Pour garder les prix attractifs, Jean et Rolande vont continuer à acheter le vin en fûts et à mettre en bouteilles eux-mêmes « on allait acheter les bouchons dans un petit commerce du côté du Bazard de l’hôtel de ville ». Il y a tout de même un vin qu’ils ont dû se résoudre à acheter en bouteilles, c’est le Reuilly, parce qu’il y avait des quantités importantes de consommées… « Ça s’est fait tout seul… tout le monde a découvert le Reuilly, avant il n’y avait guère que chez Ducollège qu’on en trouvait, puis on est arrivé, on a lancé une mode, les parisiens découvraient le Pinot gris et appréciait le Pinot noir du Berry ». Il faut dire que le tout Paris passe par le Pouilly-Reuilly ; il y a du beau monde dans le quartier, avec le Studio-Est rue d’Estienne D’orves pour la télé et le studio Harry William, entre Pantin et le Pré, pour la musique. Le livre d’or est impressionnant, Jacques Martin, Carlos, Collaro, Bouvard… mais aussi les politiques, Mitterrand, Hollande, Balladur, tout ce petit monde a aimé le Reuilly et participé à le faire connaître. Robert Ducollège. Le Pouilly-Reuilly, gardera son macaron au Michelin pendant plus de 20 ans, mais ce sont sans doute les années 60 que Rolande regarde avec le plus de tendresse : « Je me souviens lorsque Rémy Malbête montait avec son vieux Citroën pour remplir la cave. On lui disait bien qu’il fallait qu’il soit là avant 11 heures pour ne pas déranger le service. Il partait de Reuilly sur le coup des 6 heures, mais une fois sur deux, il nous faisait le coup, avec son vieux Citroën U23, il appelait sur le coup des 10 heures, « Je vais être en retard, ça fume… » Il arrivait à midi et les clients aidaient à décharger le camion. Il fallait aussi recharger les bouteilles vides. Plus tard, il s’est modernisé Rémy, il a acheté un Tube ! Je me souviens lorsque les policiers du commissariat de Pantin venaient lui demander de dégager son camion qui bouchait la circulation… Rémy leur répondait « mais mon pauv’ gars ! Faut-y ben qu’j’débarasse à d’avant… » Ils ne bronchaient pas trop les flics de Pantin devant le vigneron de Reuilly ».

Parmi les grands souvenirs, Rolande cite immanquablement un déjeuner de François Mitterrand en 1988. Jean Thibault avait croisé l’ancien président alors qu’il était chef des cuisines du Ministère de l’Intérieur. Le Président de la République aimait venir se restaurer au Pouilly Reuilly, dans une arrière-salle pour les clients importants.C’est là qu’il a réuni les éléphants en 1988 « pour remonter quelques bretelles et leur dire qu’il était candidat ». Ce jour-là, les vins de Reuilly ont failli rentrer dans l’Histoire… Mais l’ancien président avait préféré commander un Château Soutard – vin grand cru classé Saint Emillion.

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