Châteauroux – Les pleureuses retrouvent un écrin à la hauteur de leur prestige

Les Pleureuses dominent les orateurs sur fond de Château Raoul.

En rénovant la place de la Victoire et des Alliés, Châteauroux a mis en valeur un monument et une page de son histoire.
Ce n’est pas la place la plus fréquentée de Châteauroux. On peut vivre un demi siècle dans le chef-lieu de l’Indre sans y mettre les pieds. Et pour cause, cette place est un cul de sac, une ancienne cour incluse dans l’enceinte du Château-Raoul, reconstruit au XVe siècle sur les bases de l’ancien château des Xe et XIIe siècles. L’endroit est même devenu un coupe-gorge aux XVIIe lorsque l’on a supprimé les fortifications et comblé les fossés qui défendaient l’entrée du château, bien avant que l’on construise la résidence du préfet (dans le premier quart du XVIIIe). Petit à petit, le quartier Saint-Martin a retrouvé son lustre d’antan et cette place était devenue l’accès principal au château et à la préfecture.
Elle vient d’être rénovée, l’aménagement n’est pas très spectaculaire, mais on a profité de l’occasion pour reprendre les canalisations d’eau potable. On l’a aplanie et rehaussée pour ne pas fragiliser la double rangée de tilleuls qui la bordent. Un chantier rapide qui devait être achevé avant le 11 novembre.
La place de la Victoire et des Alliés accueille les cérémonies patriotiques et le cadre devait être à la hauteur des cérémonies qui commémoreront le centième anniversaire de la fin de la guerre 14-18. L’élément le plus important de la place est un monument aux morts atypique. Il est l’oeuvre du sculpteur Ernest Nivet. L’artiste castelroussin, pacifiste dans l’âme, n’a pas choisi de magnifier la victoire du soldat héroïque (ils ont été 12 500 Indriens à laisser leur vie dans la boucherie de 14-18). Son monument évoque la douleur des femmes qui ont perdu, qui un mari, qui un frère dans la bataille et les statues monumentales des deux paysannes berrichonnes expriment avec sobriété cette grande douleur.

Les Pleureuses éclatantes
Les statues ont retrouvé la teinte beige claire du calcaire dans lequel elles ont été sculptées. Au cours de cette inauguration, Francesca et Lucien Nivet, petits enfant du sculpteur, ont évoqué à l’occasion de cette inauguration les péripéties de la création des pleureuses, une commande de la ville de Châteauroux afin de rendre hommage à ses soldats tombés dans les tranchées de 14-18. De la décision d’ériger ce monument en 1924 jusqu’à son inauguration en 1932, les obstacles n’ont pas manqué, qu’il s’agisse de choisir, parmi les esquisses et maquettes proposées par l’artiste, jusqu’à la possibilité de faire venir un ministre pour présider la cérémonie.
Les haies végétales de la préfecture ont été taillées pour que le château Raoul apparaisse en arrière plan, les ferronneries qui entourent le socle de la statues rénovées, si bien que les Pleureuses apparaissent désormais dans un écrin à la hauteur du talent de leur auteur.
L’autre particularité de ce monument aux morts est de ne porter aucun nom de soldat tué entre 1914 et 1918. Ces listes de noms étaient gravées sur des plaques accrochées sur les murs de l’ancienne mairie. Cette partie du bâtiment est actuellement en travaux pour devenir le nouveau siège de l’office de tourisme. Elles aussi sont en cours de rénovation. On va en profiter pour les compléter avec les noms des Castelroussins morts des suites des combats et des fusillés. Ces plaques seront apposées sur le mur de clôture de la maison des oeuvres qui fait face aux grilles de la préfecture à l’autre extrémité de la place. Le Département va également reprendre la façade de la « Maison Hubert », dernier bâtiment défraîchi de la place, dans les mois à venir. Un chantier de rénovation des petites rues du quartier Saint-Martin et de la place Roger Brac permettra de redonner tout son lustre au vieux Châteauroux.
Pierre Belsoeur

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