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Un demi-siècle de vie féminine dans la France d’en bas

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Marion est née juste avant le décès de son père, tombé face à l’ennemi, en 1916. A huit ans, elle a perdu sa mère, morte dans un accident ferroviaire. Orpheline, l’enfant a été élevée par sa tante, veuve et sans enfant, qui vivotait comme concierge dans un immeuble sans attrait. C’est le début d’une histoire simple : l’enfance, l’adolescence, puis la vie de jeune adulte, la succession des joies et des peines, jusqu’à la guerre mondiale de 39-45. Rien d’exceptionnel au fond mais une écriture fluide qui se lit sans efforts, 300 pages consommées en quelques jours, très vite car on a envie de connaître la fin.

Rose Barberousse (1896-1993), l’auteure, est moins connue que François Barberousse, son frère, mais elle a écrit dans le même registre, celui d’une vie romancée, étroitement liée à un contexte historique. Comme dans Gusse1, la guerre n’est pas évoquée au cœur des combats ; elle est vue de l’arrière et c’est tout aussi dramatique. Ici, le thème essentiel est la condition féminine en milieu ouvrier, dans l’entre-deux-guerres et après, schématiquement  entre 1920 et 1940. Les postures et les dialogues des jeunes femmes au travail, les rêves et les désillusions, les coups bas mais aussi, parfois, la solidarité dans le malheur, les premiers loisirs sous le Front populaire et les sacrifices quelques années plus tard, sont décrits avec beaucoup de finesse. Dans ce livre, il n’y a pas de place pour les nantis ; quant aux hommes, ils ont des rôles de maris ou d’amants, aimés ou encombrants mais toujours comparses.   

Est-ce parce que le roman évoquait ce qu’on appelait, à l’époque, « des affaires de femmes » que le manuscrit a été refusé par Flammarion en 1947 ? Mystère et peu importe. Aujourd’hui le livre existe. C’est un roman attachant, simple comme la vie des gens que l’on dit sans histoire alors qu’ils en ont une ; et que celle-ci nous touche parce qu’elle ressemble peut-être un peu à la nôtre. Une lecture qui rappellera de bons et de mauvais souvenirs à ceux qui sont nés au siècle dernier. Bien dosé, un retour sur le passé sensible et salutaire.

B. E

Marion de Rose Barberousse, 20 euros

1 François Barberousse, Gusse, Marivole, 2012.
La guerre évoquée est celle de 14-18 ; dans Marion (cinquième partie), il s’agit de 39-45.

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