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Le retour possible du loup dans le Berry

Périodiquement, des « bruits » annonçant la présence du loup se font entendre ici ou là en région Centre.

« On crie toujours le loup plus grand qu’il n’est » disait ce vieux proverbe qui nous prévient de manière malicieuse que, dès lors qu’il s’agit de loup, on n’est pas à une exagération voire à une affabulation près..

Petit retour sur le passé :

Dans le Loiret, des loups sont encore vus en 1906 en Sologne orléanaise au sud de la Loire alors qu’en forêt d’Orléans ou dans le Loir-et-Cher ils ont officiellement disparu vers 1890, année où les dernières primes furent versées. En 1880, un rapport de l’inspecteur des Eaux et forêts mentionne encore la présence de 10 loups dans le massif de Lorris. Dans l’Yonne, 5 loups sont encore tués en 1910 mais des observations éparses ont eu lieu bien après, en 1924 vers Joigny, et même en 1940 près d’Ancy-le-Franc. En Eure-et-Loir, on signale la destruction du « dernier loup » de la région de Chateaudun en 1909. Dans l’Indre des loups sont signalés en 1901, en 1905. En Touraine, on tue encore un loup en 1901. Dans le Cher, on cite les dates de 1896 à Vierzon, 1899 à Herry. Dans la Creuse, la Nièvre, c’est également vers la fin du siècle que les « presque derniers loups » sont tués.

Pourchassé de partout, Canis lupus finit donc par disparaître quasi totalement de France entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, bien que quelques apparitions sporadiques aient pu être notées ultérieurement comme en 1975 dans les Vosges ou 1977 en Lozère…

On prend alors l’habitude de dire qu’il n’y a plus de loups en France depuis … belle lurette, jusqu’à ce jour de 1992 où deux « premiers » loups sont observés par des gardes en Mercantour. En fait, ils étaient sans doute dans les environs depuis quelques années, mais c’est cette année 1992 qui va devenir officiellement l’année Number One du retour du loup. La suite est connue car on suit soigneusement le loup à la trace.

Il gagne même chaque année du terrain et tend à retrouver peu à peu ses anciens territoires puisque le carnivore était autrefois présent dans toute la France continentale. Il est aujourd’hui présent dans de nombreux départements et ses effectifs seraient de l’ordre de 300 individus.

Ces loups viennent d’Italie où ils ont toujours été présents et où ils ont fait l’objet de mesures de protection, dans les Apennins, dans les années 70. Ce sont d’abord les jeunes mâles en
« dispersion » – ils sont capables de parcourir en trottant des distances considérables – qui sont les premiers fantassins de ces tentatives de recolonisation.

Il y a eu depuis quelques années plusieurs « bruits » de ce retour du loup dans notre région. Dans le Cher, en Sologne, en forêt d’Orléans, en Beauce… La plupart du temps on a eu affaire à des confusions avec des chiens, notamment de ces chiens-loups tchèques qui ressemblent aux loups comme deux gouttes d’eau, voire à de véritables élucubrations ne reposant sur rien (cas du loup ayant « griffé » un cheval au nord d’Orléans, du loup ayant ameuté Vitry-aux-Loges ou de celui ayant « mangé un veau » en forêt de Vierzon). Sans parler d’observations sporadiques fumeuses et douteuses en Sologne. Toutes démenties, pour l’instant par divers spécialistes.

En vérité, si les bobards concernant le prédateur sont nombreux, il peut, à tout moment, être de nouveau observé dans n’importe quel point de notre région. Cependant, seuls deux ou trois indices récents semblent crédibles. L’organisme habilité à valider ou infirmer ces indices (la plupart du temps grâce aux analyses ADN faites à partir de poils retrouvés, ou de crottes) est l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune sauvage) et personne d’autre. A défaut de certification de la part de cet organisme il n’est pas possible de s’appuyer sur tel ou tel témoignage de présence.

Les cas les plus sérieux concernant notre région et ses alentours immédiats restent à ce jour :

– Une présence effective en 2014, mais qui ne semble plus être aujourd’hui d’actualité, dans l’Aube, près de Troyes.

– Une présence possible (mais pas prouvée) dans le Cher, près d’Augy-sur-l’Aubois en 2016. Malheureusement les indices récoltés par l’ONCFS ne semblent pas avoir pu être exploités au niveau de l’ADN.

– Une autre présence possible a été notée dans la Nièvre, près d’Aunay-en-Bazois en décembre 2016. Tout près donc des frontières de la région Centre-Val de Loire. La presse locale s’en est fait l’écho. La préfecture de la Nièvre a mis en place une « cellule de veille » pour accompagner l’évolution des choses. Et on vient d’apprendre (le 13 janvier 2017) qu’il s’agit effectivement d’un loup. Il y avait également eu quelques bruits de botte, antérieurement, dans l’Yonne et dans ce même département de la Nièvre (près de Château-Chinon).

On peut donc raisonnablement s’attendre au retour du loup dans la région, mais il ne serait pas sain de voir des loups partout car à force de crier au loup à tort on finit par ne plus croire personne. CQFD.

Jacques Baillon

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