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« On ne peut pas éliminer les risques, mais aider les vignerons à gérer leurs stocks »

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La région et les professionnels viennent de faire une grande enquête sur les risque de gel dans les vignobles du Centre et du Val de Loire. Le conseil régional va participer au financement des installations anti-gel.

Après les gros dégâts occasionnés par un gel tardif en avril dans les vignobles de Chinon, Vouvray, AOC touraine, Quincy, Menetou Salon, Cheverny, notamment, une enquête a été financée par la Région Centre Val-de-Loire pour mesurer ce risque et les moyens d’y faire face. Elle porte sur trente ans de météorologie et permet donc d’avoir une évaluation cohérente. Se prémunir contre le gel coûte cher c’est donc avec des données sur le long terme que l’on peut évaluer la pertinence économique d’un tel investissement. Nous avons demandé à Benoît Roumet, directeur du Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre de nous la commenter.

Le Petit Berrichon : Benoît Roumet, un vignoble comme Sancerre n’apparaît pas dans les mesures anti-gel préconisées au terme de l’enquête qui vient d’être rendu publique. Etonnant non ?

Benoit Roumet : Analyser des données depuis trente ans, c’est très instructif. Cela nous conforte dans l’idée que les vignobles de Sancerre et Châteaumeillant sont peu gélifs. Celui de Menetou-Salon a été sérieusement touché au printemps, mais la dernière gelée catastrophique datait de vingt-cinq ans alors qu’à Quincy ou Pouilly il est de l’ordre de trois années sur dix. C’est donc en priorité dans ces zones qu’il faut investir. Par ailleurs le risque que fait courir la grêle sur nos vignobles est autrement plus élevé, même si généralement les zones touchées sont beaucoup plus restreintes.

LPB : Alors quelles sont les solutions ?

Benoît Roumet : L’enquête nous a confirmé que les tours anti-gel et les asperseurs constituaient les deux solutions les plus appropriées. Les vignerons de Quincy n’avaient pas attendu pour prendre leur destin en main. Il s’agit de mener des actions soit collectives, soit individuelles en fonction des données recueillies. Le président Bonneau a annoncé que la Région allait accompagner la profession dans sa démarche d’équipements via le dispositif Cap’ Filière et via l’Europe. Cette aide ne concerne que le système des tours. L’aide de la Région sur trois ans pourrait-être de l’ordre de 10 %. En Loir et Cher les besoins sont estimés à 880.000€ (dont 200.000 pour le vignoble de Cheverny) et pour les vignobles du Centre Loir de 2.070.000 d’ici à 2022.

LPB : C’est économiquement supportable ?

Benoît Roumet : Compte tenu de la bonne santé de nos vignobles cet investissement devrait être assez rapidement rentabilisé. Ramené au litre de vin il est de l’ordre de 0,21€ euro pour une tour antigel qui assure une protection jusqu’à -4° et de 0,27 € pour l’aspersion. Dans les deux cas on se base sur une production de 50 hl à l’hectare.

Mais au delà de cet investissement il doit faire rentrer les vignerons dans une démarche de gestion des stocks et une politique tarifaire. Les quelques années que nous venons de passer ont été plutôt confortables et la catastrophe de cette année : 10 à 15 % d’une récolte normale pour le chinon, le cheverny ou le menetou peut être surmontée dans la plupart des domaines. Pour l’avenir il faut améliorer nos prix pour valoriser notre vin. L’idéal c’est d’avoir un an de stock. Cela implique de changer d’attitude vis à vis des acheteurs et de ne pas commencer à vendre le millésime 2016 par exemple dès le mois de février.

LPB : Quel va être l’attitude des vignerons par rapport aux grand salons comme Angers ou Paris qui démarre cette année ?

Benoît Roumet : Evidemment il faut être présent dans les salons car on fera du vin en 2017 et il convient de garder le contact avec les acheteurs. Simplement les vignerons ont fait progresser la qualité de leur production au cours des vingt-cinq dernières années, ils doivent désormais progresser dans la gestion de cette production.

Propos recueillis par Pierre Belsoeur

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