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Les mystères de la Saint-Valentin

La chronique du Berriaud par Bernard Epailly

Les mystères de la Saint-Valentin

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Cette année-là, le pape Alexan-dre VI désigna officiellement saint Valentin pour devenir le patron des amoureux. L’objectif était, dit-on, de remplacer la célébration païenne de la fécondité par une fête religieuse réunissant les célibataires en quête d’amour. Drôle d’idée venant de ce pape, un Borgia1 grand séducteur de femmes et producteur d’enfants, connu pour avoir organisé la fameuse orgie du 31 octobre 1501 où les hommes étaient invités à participer publiquement à un concours de virilité auprès d’une cinquantaine de danseuses dévêtues ! Est-ce bien à lui que Valentin doit sa célébrité ? On n’espère pas… Mais pourquoi Valentin et pas Cupidon ? Mystère. Et pourquoi en février ? Parce que, disait-on, les oiseaux s’accouplaient à la mi-février… La fin de l’hiver, les premières fleurs, le jour idéal pour roucouler, belle idée pour la jeunesse, oublions Alexandre et ses extravagances !

Autre mystère : figurez-vous que plusieurs saints martyrs, nés et morts à des époques différentes, portent le nom de Valentin. Qui, parmi eux, est devenu le patron des amoureux ? Probablement celui qui était prêtre au IIIe siècle, sous le règne de Claudius II, empereur qui interdisait aux soldats de prendre femme. Rebelle, Valentin continuait à marier des soldats en cachette. Arrêté, condamné à mort, le prêtre aurait rencontré la fille de son bourreau, belle mais aveugle, et lui aurait rendu la vue. Et, devinez la suite, le saint homme aurait… envoyé une lettre d’amour à la jeune fille signée « Ton Valentin » ! L’Eglise pris son temps avant de pardonner. Plusieurs siècles plus tard, le prêtre martyr, dont les reliques étaient conservées à Rome, fut enfin canonisé. Mais ce n’est pas tout. En 1868, un riche propriétaire de Roquemaure, en France, acheta ces reliques pour protéger ses vignes du phylloxera. Quelle histoire ! Voici donc, St-Valentin, romain d’origine, conservé en France mais fêté… d’abord en Grande Bretagne ! Encore un mystère. Pourtant, les traces les plus anciennes de la fête des amoureux sont chez les anglais, à la fin du Moyen Âge. Le jour du « valentinage », jeune filles et jeunes hommes s’offraient en secret des petits cadeaux. Souvent, c’était le début d’un flirt et plus si affinités. D’abord une fête de l’amitié et, bien vite, une fête des amoureux.

La France n’a pas de souvenirs aussi lointains mais elle a d’autres atouts. D’abord les reliques du Saint-Valentin le plus crédible mais aussi, et surtout, le village de Saint-Valentin, bien plus ancien que le valentinage2, unique dans l’hexagone et situé cheu nous, tout près d’Issoudun. Mais, appréciez le sérieux des berrichons, le 14 février à la Belle Epoque, tandis que Valentins et Valentines se faisaient des gâteries en Angleterre, dans le Berry, jeunes et vieux promenaient pieusement la bannière de Saint-Valentin en procession dans les rues du bourg ! Et puis, tout a changé. « Dans les années soixante, nous raconte le maire de la commune, Pierre Rousseau, des commerçants de Châteauroux et d’Issoudun, cherchaient de nouveau sujets d’animation régionale pour dynamiser le commerce ». Fêter Saint-Valentin à Saint Valentin, en voilà une bonne idée pour se distraire et faire du commerce ! Accord rapide et joyeux de la municipalité de l’époque. Première fête : le 14 février 1965, « une centaine de couples avaient répondu à l’appel, précise Pierre Rousseau, mais dès 1966, ils étaient déjà plus nombreux ». Quelques années plus tard, les réjouissances se sont étalées sur deux jours. C’est encore le cas aujourd’hui mais, en cinquante ans, le cérémonial et le village ont beaucoup évolué. En ce moment, la commune entière (285 habitants) prépare « la fête » avec enthousiasme. Le dimanche 12 et le mardi 14, ils seront plusieurs milliers, venus du Berry, de France et aussi de l’étranger, ils découvriront les maisons tapissées de fleurs et parfois décorées de dessins signés Raymond Peynet (1908-1999), le célèbre dessinateur des amoureux qui place volontiers deux oisillons entre les seins des jeunes filles ; et aussi la mairie, son grand cœur et ses « certificats aux amoureux», l’église avec « la bénédiction des fiancés », le jardin des amoureux, romantique et décoré malgré l’hiver, le kiosque Peynet bien sûr, la maison des amoureux, le chapiteau avec ses boutiques, son déjeuner concert et, surtout, le bureau de poste d’où partent les courriers estampillés Raymond Peynet ; sans oublier la médiathèque enrichie de quelques vers, tels que ceux-ci, adressés, il y a bien longtemps, par Alfred de Musset à George Sand :

« Je vous chéris, amour, et ma plume en délire,
Couche sur le papier ce que je n’ose dire ».

Voilà, c’est dit ! Ce sont des amoureux que l’on attend ici. Rendez-vous le 12 février. Vous n’avez plus qu’à vous laisser guider3.

1 Famille devenue, à la suite de plusieurs scandales, le symbole de la décadence de certains dignitaires de l’Eglise au 15e siècle.. 2 St-Valentin est mentionné dans les archives depuis le XIIe siècle. 3 Programme complet sur www.village-saint-valentin.com/.

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