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Le patrimoine, appareil idéologique de la mémoire ?

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Les soixante-dix personnes présentes samedi après-midi au muséum de Vierzon ont suivi avec intérêt la conférence de Laurent Aucher*. L’invitation à cette conférence était accompagnée d’une belle introduction : « si à l’instar de la madeleine de Proust, les lieux de mémoire jouent un rôle essentiel dans le maintien et le rappel des souvenirs individuels, ils sont aussi porteurs d’autres enjeux notamment sociaux ».

La mémoire de « La Française »

Après la seconde guerre mondiale, la SFMAI (société française de matériel agricole et industriel) crée une marque pour les tracteurs : Société française de Vierzon (SFV). C’est ce sigle qui restera dans la mémoire des générations. La SFMAI marque ainsi son ancrage dans la ville en adoptant l’emblème de la ville « écusson à la tour penchée » qui figurera sur les tracteurs verts de la fabrique. Les années cinquante sont particulièrement sombres notamment pour la métallurgie : H Letourneau* écrit : « Brouhot est tombé en 1955, la Société Française en 1958, Merlin cesse ses activités en 1959 ». Les américains de Case (Tenneco) absorbent l’entreprise mais en 1994, la direction de Case annonce le transfert de la production à Crépy-en-Valois (Oise). Le 7 avril 1995, cinq mille manifestants défilent dans les rues de la ville. Le 14 décembre, l’usine ferme définitivement et provoque une véritable déchirure dans la vie de la cité ; c’est un symbole qui disparaît. S’ensuivront en 1987 et 2005 des investissements importants sur le site industriel (+ de 18 millions d’euros dont 10,6 ML de subventions). La requalification du site se prolonge malgré les changements politiques à la tête de la municipalité (bowling, musée, centre des congrès cinéma) sont désormais les images porteuses du site « La Française ». C’est toujours le lieu de la mémoire parce que comme le souligne Laurent Aucher : « l’inscription territoriale joue un jeu essentiel du point de vue de la remémoration en ceci, que le contact avec les objets de l’espace environnant favorise le rappel des objets mémoriels » et de citer cette anecdote d’un ancien « Case » qui, interviewé en avril 1999 par un journaliste local sur son ancien poste de travail, en entendant la pluie tomber sur la verrière, accédait immédiatement à ce que Marcel Proust nomme dans la recherche du temps perdu, la mémoire involontaire.

Le mémorial de l’holocauste à Berlin

Laurent Aucher présentait sa deuxième étude de cas avec le mémorial de l’holocauste à Berlin (2700 stèles de béton en gris anthracite) construit au cœur de la ville sur un terrain de 19000 m2 avec en sous-sol, un centre d’information qui retrace l’histoire du génocide dans quatre salles dont la « salle des noms » où une voix égrène le nom de chacune des six millions de victimes, accompagné d’une courte biographie en Anglais et en Allemand. Il faudrait rester là des années pour les entendre tous. Cette œuvre de l’architecte américain Peter Eisenman a été édifiée dans un but précis : « c’est une commande du pouvoir en place à la tête de l’état Allemand dans les années 90, une œuvre commémorative dont le but est de préserver le souvenir et honorer une mémoire commune ».Riche et instructive intervention de l’universitaire Orléanais qui laisse a chacun, le soin de se positionner sur sa représentation d’un lieu de mémoire : celle de comprendre le plus objectivement possible l’histoire à travers celle du site…

Jacques Feuillet

*Laurent Aucher : la mémoire du collectif. Recherche sur la mémoire ouvrière ; deux générations de métallurgistes à Vierzon. Thèse de doctorat Paris Diderot 2013.
Henri Letourneau : L’industrie du machinisme agricole à Vierzon Paris Guénégaud 2003.
Références texte : Conférence de Laurent Aucher à Vierzon 25 novembre 2016.

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