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Des élus dans l’illégalité… et fiers de l’être

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Ceints de leurs écharpes tricolores les élus solidaires de Mis et Thiennot se sont réunis au Poinçonnet pour rappeler leur détermination 70 ans après « l’affaire de Saint-Michel en Brenne ».

Ce n’est pas pour échapper à la vigilance de la force publique qu’ils ont attendu la tombée de la nuit pour se réunir, dans le froid. Cent cinquante personnes battaient le pavé près de la mairie du Poinçonnet. Le 29 décembre au soir ils étaient là pour rappeler que 70 ans jour pour jour auparavant le destin d’un groupe de jeunes chasseurs de Brenne avait basculé parce que, comme l’ont rappelé tour à tour Jean Petitprêtre, maire du Poinçonnet et Léandre Boizeau, l’auteur des livres qui ont popularisé la cause de Mis et Thiennot, ils étaient «au mauvais endroit au mauvais moment.» Soixante dix ans plus tard Mis, Thiennot et leur camarades sont décédés et malgré six demandes de révision de leurs procès, leur innocence n’a toujours pas été reconnue pas la justice.

Et pourtant, que de chemin parcouru depuis leur sortie de prison, suite à la grâce présidentielle du président Coty en 1954. Les gamins dont la culpabilité paraissait évidente au moment de leur arrestation… puisque les gendarmes avaient obtenu leurs aveux ! Ont continué à clamer leur innocence et à demander. Quel culot, de la part d’un réfugié polonais et d’un sympathisant communiste.

Vingt communes dans l’illégalité

L’action du comité de soutien et la parution du livre de Léandre Boizeau « Ils sont innocents » en 1979 ont conduit au premier dépôt d’une demande de révision par l’avocat Jean-Paul Thibault devant la cour de Cassation en 1980. Trente six ans plus tard, cinq autres demandes de révision ont été repoussées, mais la loi a été modifiée pour élargir les possibilités de réexamen et un nouvelle modification va être présentée à l’assemblée par Jean-Paul Chanteguet. « Elle devrait être étudiée dans le courant du mois de février, estime le député de l’Indre et ne devrait occuper qu’une heure du temps de l’assemblée, mais le vote n’est pas acquis d’avance. » Ce texte introduit dans la loi la possibilité de faire annuler tout acte de procédure obtenu sous la torture. Il permettrait aux magistrats de la cour de Cassation de vider un dossier qui repose sur des aveux arrachés au terme d’une semaine de garde à vue plus que musclée !

Mais ce qui a changé aussi c’est la position des élus de l’Indre par rapport à ce dossier. Le Poinçonnet a été le premier, en juillet 2005 à donner le nom de Mis et Thiennot à l’espace où se sont retrouvés jeudi soir les élus, membres du comité de soutien, sympathisants, autour de l’épouse et du fils de Gabriel Thiennot. Derrière Le Poinçonnet dix neuf communes, dont Châteauroux l’été dernier, ont rendu hommage aux deux hommes en baptisant une rue, un square ou une place à leurs noms associés pour l’histoire.

Des actes de désobéissance civique qui n’ont jamais fait l’objet d’un recours du préfet devant le tribunal administratif. Mis et Thiennot restent des criminels aux yeux de la loi.

Pourtant Jean Petitprêtre persiste et signe. L’autre soir il a assuré à ses collègues maires que leur décision était l’honneur de la République et qu’elle était la traduction dans les actes du mot Fraternité, inscrit au fronton de leur mairie.

Alors le comité verra-t-il son combat aboutir en 2017 ? Compte tenu des lenteurs de la justice il faut plutôt tabler sur 2018, mais Helga Potier, présidente du comité de soutien peut envisager la dissolution prochaine de son association. D’ici là, elle aura présidé au moins cinq lieux dédiés à la mémoire de Mis et Thiennot dans les villages de l’Indre.

Pierre Belsoeur

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