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LA CHRONIQUE DU BERRIAUD PAR BERNARD EPAILLY

Histoire de la Haute-Touche

Cerf Elaphe au cœur de la Réserve (Haute-Touche, p.2013-18979, Patrick Roux).

1958

Si cette histoire commence en 1958, c’est que l’endroit a, cette année-là, changé de statut. Avant, il dépendait du château d’Azay-le-Ferron, belle demeure construite au XVe siècle, aujourd’hui toujours debout et qui bénéficie d’un attrait touristique incontestable. Au fil du temps, ce domaine a souvent changé de mains et, pour finir, il devint, au milieu du XIXe siècle, la propriété de la famille Luzarche, célèbre dynastie de Maîtres de Forges du département de l’Indre. On raconte que l’un des descendants de cette famille, Claude Antoine Alfred Luzarche, passionné de vénerie, chasseur à courre, attrapa avec ses gens une louve qui venait de mettre bas. L’un des louvetaux fut capturé et apprivoisé, puis il… participa à la chasse avec la meute de chiens ! Heureux présage ? Peut-être… Claude Antoine eu trois enfants : l’aînée hérita du domaine, le géra jusqu’à sa mort et le légua à la ville de Tours. Roger Luzarche d’Azay, son frère, légua à la même ville la forêt de Preuilly.  La Haute-Touche, restait encore dans le domaine privé. La cadette, Marguerite Luzarche, épouse d’un industriel1 conserva le bien jusqu’à sa mort et en fit don au Muséum national d’Histoire naturelle. En souvenir du loup devenu chien ? Peut-être pas mais on s’amuse encore de cette coïncidence. La Haute-Touche, partie rustique et quasiment inhabitée de la forêt de Preuilly, allait devenir une réserve à l’abri de l’agitation urbaine et un centre de reproduction pour les animaux des Parcs zoologiques de Paris et de la Ménagerie du Jardin des Plantes. C’était en 1958.

Cette situation, scientifique et discrète, persista pendant une bonne vingtaine d’années. Après quoi, il parut logique d’ouvrir cet espace au public, au même titre que les établissements associés2 gérés, comme la Haute-Touche, par l’Etat sous la tutelle du Musée National d’Histoire Naturelle. L’effet déclencheur fut, en 1980, l’arrivée dans la réserve de bisons d’Europe, espèce menacée et protégée3, offerts par le Premier ministre polonais, au Président Giscard d’Estaing. Depuis cette époque, des aménagements progressifs ont permis de mieux accueillir le public et de lui donner des explications plus précises sur les conditions de reproduction, de vie et de survie des espèces présentes sur le site : création de l’«étang africain», ouverture d’un parcours automobile de visite dit «safari européen», observatoires, panneaux d’information, animations pédagogiques… Parallèlement, le programme scientifique de la Réserve a été considérablement développé : laboratoire de recherche dédié à la procréation assistée des espèces animales sauvages, centre d’élevage conservatoire de l’outarde canepetière, nurserie des cistudes (tortues d’eau douce), espace d’élevage et de recherche pour les cervidés et pour les sangliers.

Solidement installée dans l’Indre tourangelle, à l’ouest du département, la Réserve de la Haute-Touche est aujourd’hui le plus vaste Parc animalier de France. Il abrite, au cœur d’un domaine forestier de plus de 400 hectares, un millier d’animaux issus des cinq continents. Plus de 100 espèces différentes évoluent en semi-liberté dans de vastes enclos boisés et sous la surveillance, discrète mais attentive, des soigneurs, des vétérinaires et des scientifiques qui veillent sur la santé et le bien-être de cette précieuse ménagerie. Le visiteur découvre successivement des éléments importants de la grande faune européenne : bouquetins des Alpes, bisons, loups, sangliers, cerfs et chevreuils…Plus loin, il observe des guépards, des tigres, des lynx mais aussi de nombreux cervidés, antilopes et mouflons et encore des babouins, des lémuriens criards et des oiseaux qu’on ne voit pas tous les jours. Et encore de vastes enclos dédiés aux herbivores menacés : Sika de Formose, cerfs du père David, oryx algazelle… Le promeneur apprend aussi que la Réserve est « le seul établissement zoologique ayant le statut de laboratoire de recherche » et que « chaque année, de jeunes animaux élevés ici sont relâchés dans leur milieu naturel  pour éviter l’extinction des dernières populations ». Une description plus approfondie de cet ensemble hors du commun dépasserait le cadre de cette chronique. Pour en savoir plus, le mieux est de se rendre sur place. Dans notre région, le printemps est généralement agréable. C’est le bon moment pour une promenade instructive4 qui peut durer une journée toute entière.

1 SPierre Lebaudy, PDG de la raffinerie éponyme. 2 Le parc zoologique de Paris (zoo de Vincennes) et la ménagerie du Jardin des Plantes. 3 Commun dans la préhistoire puis exterminé par la chasse, le bison d’Europe a été progressivement réintroduit et vit en liberté dans l’est de l’Europe. En France, il vit en semi-liberté dans quelques parcs dédiés (Lozère, Ardennes, Alpes Maritimes…). 4 Informations pratiques : www.zoodelahautetouche.fr/.

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