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Blues day en Idiocratie

Une gifle, un commentaire sur une radio, et la twittosphère, la facebookosphère, la youtubosphère et la conneriosphère s’emballent. Dans la foulée mes collègues qui se disent journalistes et oublient de plus en plus le mot déontologie en font des tonnes sur un sujet qui n’en est pas un. Comme désormais les seuls journaux politiques qui s’achètent, ou pas, mais se lisent sur le net, s’appellent Closer, Gala voir Paris Match et Jours de France – Nous Deux est décidément dépassé sur ce coup-là – n’est pas en soi rassurant pour une démocratie qui se respecte. Voilà qui ne va pas redorer le blason d’une profession certes, celle de journaliste, vouée aux gémonies depuis que l’on croit qu’elle s’occupe plus souvent des affaires de cul que de celles de l’état. Revenons à l’affaire du jour, de la semaine, du mois, de l’année, voir du siècle même, jusqu’à ce qu’autre, dans une heure ou demain, ne viennent l’effacer comme on secoue une ardoise magique. Un branleur breton, ce n’est pas obligatoirement antinomique, la preuve en est, a donc mis une gifle au ci-devant Manuel Valls, hier Premier ministre, aujourd’hui candidat à être candidat. A sa suite, un autre branleur, caché derrière son téléphone, s’est empressé de faire le malin et d’annoncer que « la claque, on est 66 millions à vouloir te la donner … » Hormis le fait que si on devait mettre des claques à tous ceux que l’on juge responsables de tous les maux de la terre on devrait régulièrement se mettre les mains au frais pour ne pas qu’elles chauffent trop, ce geste et ce type de phrase posent un certain nombre de questions.

Quelle peut être la sanction pénale pour un gazier qui colle volontairement une beigne à un élu de la République, sur la voie publique ? Sur un terrain de rugby ça compte pas et on ne connaît pas actuellement de pratiquant élu à l’Assemblée nationale ou au Sénat. Si on considère qu’une chemise en soie d’un DRH, salarié d’une entreprise dont une partie du capital est détenu par l’État, coûte son emploi et entre trois et quatre mois de prison avec sursis à celui qui a eu les doigts comme des ciseaux, on peut évaluer le risque de punition du sus-dit Breton à de la prison ferme, non ? Quant à l’auditeur de France Inter, auteur de la phrase citée plus haut, il devrait rapidement rejoindre les rangs des comptabilisateurs dans les manifs. Petit calcul rapide : sur les 66 millions de Français qui peuplent notre pays, tous n’avaient pas envie de mettre un taquet à Manu. Sur les 66 millions il faut, en toute logique, déduire ceux qui n’ont pas l’âge de comprendre, ceux qui en ont l’âge mais ne comprennent pas, ceux qui en ont l’âge, comprennent, mais ont les jetons d’agir par eux-mêmes, ceux qui en, ont l’âge, comprennent, n’ont pas les jetons, mais qui pensent que c’est totalement stupide d’agir de cette manière, et enfin tous ceux qui n’en ont absolument rien à secouer. Résultat, on est loin, très loin même des 66 millions de baffeurs potentiels. Je comprends qu’on puisse en avoir envie, surtout ceux qui croyait que Manu et François étaient de Gauche. Le passage à l’acte c’est autre chose !

Ce genre d’attitude démontre parfaitement une désocialisation de la Démocratie et une entrée à grand fracas dans le monde de l’absurdie et de la connerie assumée. Par hasard, je suis tombé sur un film de science fiction que je pensais de série B, ce qui était d’ailleurs le cas. Ce chef d’œuvre du cinéma parlant a pour nom « Idiocracy ». C’est l’histoire d’un type, Américain très moyen, qui, après une expérience, se réveille cinq cents ans plus tard – comme la Belle au bois dormant mais en mec quoi- et découvre un monde où le niveau intellectuel a tellement baissé qu’il devient l’humain le plus brillant de la planète. Dans un premier temps on se dit que le scénariste avait anticipé l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ! Dans un deuxième on trouve vite d’autres exemples… Si les rappeurs font de la poésie et si slamer s’est poêter plus haut qu’on a le cul. Si Poutine peut faire croire que tous les athlètes russes, de tous sports, ont été dopés à l’insu de leur plein grée par d’infâmes suppôts du capitalisme occidental. Si Mme Teresa May, en janvier, pense pouvoir conserver le beurre et l’argent du beurre de la sortie du Brexit, même en avril. Si manger une galette des rois en l’honneur de trois immigrés arrivés à dos de chameau est une coutume incontournable de l’Occident et que foutre à l’eau leurs descendants est logique et acceptable. Si on doit expliquer qu’en hiver il fait froid et qu’il faut bien se couvrir pour ne pas se les peler, surtout les extrémités, surtout les mains, surtout la tête, surtout les pieds – alouette, gentille alouette … Si on présente Blanche Neige et les six nains de la Primaire citoyenne comme les derniers représentants de la Gauche qui va bien, ou mal, c’est selon, c’est que tout est possible. C’est valider que Fillon est devenu homme politique parce qu’il a raté le concours d’entrée au monastère, que Mélenchon est Communiste, que Macron est Socialiste, même s’il s’acharne à vouloir prouver le contraire, que Poutou est Troskyste – non, ça c’est vrai- que Bayrou est Centriste -non ça aussi c’est vrai- et que Hollande a, durant son mandat, fait une politique à l’encontre des envies du Medef…

Finalement, écrire un billet d’humeur le Blues Day, le jour de l’année déclaré officiellement le plus déprimant, celui où noir c’est noir, il n’y plus d’espoir, ce n’était décidément pas une si bonne idée que ça …

Fabrice Simoes

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