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A Angers, les pionniers de l’habitat partagé castelroussin ont rêvé

Après le pique-nique, c’est Bruno qui se colle à la présentation d’Habiter autrement dans la salle commune.

Début avril une délégation castelroussine a visité deux réalisations d’habitat partagé à Angers. L’une d’entre elles fonctionne depuis trente ans. Une rencontre sacrément positive.

Habiter autrement, c’est d’abord un état d’esprit. Les six personnes qui entouraient Emmanuelle Burdan directrice du CCAS et Alice Ochsner, l’animatrice du projet et deux salariés du CCAS, début avril à Angers l’ont intensément ressenti. Imaginez un ensemble de dix sept pavillons sur un terrain de 6 600m2, sans clôture, mais disposés sans que les maisons soient en vis à vis ni que les ouvertures principales donnent sur les rues qui ceinturent le terrain. C’est la réalité d’Habitat différent, à proximité du lac de Maine, une utopie devenue réalité voici trente ans, qui fonctionne de façon harmonieuse aujourd’hui encore.

Installés au soleil devant le local communautaire de cette résidence pas comme les autres, Castelroussins et Angevins pique-niquaient joyeusement avant que ne débute la présentation de ce concept de vie communautaire, chacun chez soi.

Plusieurs membres de cette communauté : Dominique qui faisait partie des pionniers de ce projet révolutionnaire, Bruno de la nouvelle génération, Juan un des derniers locataires ont consacré ce temps de repas et une partie de l’après-midi à raconter l’historique d’Habitat différent et à guider leurs visiteurs pour une visite approfondie.

La cave commune indice de bon fonctionnement de la résidence. Chacun a son casier et s’y ajoute le casier communautaire.

Une idée qui date de 1984

Au début des années 80 lorsqu’a été aménagé le secteur en bordure de la Maine un groupe d’amis envisageait d’habiter autrement. Ils ont contacté l’aménageur, la société HLM Toit Angevin qui les a rapprochés d’un autre groupe de personnes ayant les mêmes objectifs, si bien que l’on est arrivé à dix-sept foyers. Dans le plan d’aménagement du Lac de Maine se trouvait le fameux terrain en forte déclivité qui ne se prêtait pas à un traitement pavillonnaire classique. Les candidats locataires avaient un ami architecte qui a conçu le projet de ce Vivre ensemble chacun chez soi. De 1984, début de la réflexion à 1987, pose de la première pierre, il a fallu réfléchir à l’implantation des logements, à leur agencement intérieur mais surtout inventer ce projet de vie sociale nécessitant un engagement collectif, une gestion des espaces communs, passer une convention entre l’association de locataires et le bailleur. Car contrairement à ce qui se fait habituellement il s’agissait bien de locataires élaborant leur cadre de vie.

Le résultat ce sont ces dix-sept maisons individuelles, un studio utilisable par les uns et les autres en fonction de leurs besoins et de sa disponibilité… Mais les choses ont été poussées encore plus loin puisque les dix-sept garages correspondant aux logements n’ont que l’apparence extérieure de garages. Deux d’entre eux ont permis d’agrandir le local collectif. Il dispose d’un grande salle de réunion et d’une cuisine collective. Deux autres sont aménagés en salle d’activités pour ados et éventuellement adultes, un sert d’atelier de bricolage, un autre est consacré au stockage du matériel de jardin et le reste est partagé, à raison de deux ou trois foyers par garage, en espace de rangement. Le dernier bénéficie d’une isolation renforcée, c’est la cave de la résidence. Chacun dispose de son casier, rien n’est fermé « En trente ans, aucune bouteille n’a disparu », triomphe Bruno en guidant la visite. La chaufferie aussi est commune.

Dix-sept maisons sur 6600m2 ça parait beaucoup, mais si on supprime les clôtures ça laisse beaucoup d’espace aux enfants pour gambader.

Des habitants normaux

Un paradis terrestre cet habitat partagé ? « C’est bien pour nous les adultes, assure Juan, mais pour les enfants c’est le paradis. Ils ont la culture de l’échange intégrée dans leurs gènes. » Tout cela ne s’est pas fait d’un claquement de doigts. « Il a fallu deux ans d’échanges avant que l’on passe à la création de l’association rappelle Dominique et évidemment des candidats locataires s’étaient retirés du projet. La gestion est démocratique, tous les habitants, qu’ils soient propriétaires ou locataires ont les mêmes droits. Une réflexion mensuelle permet de maintenir la dynamique et le travail est organisé en commissions qu’elles soient pérennes ou ponctuelles. Les commissions servent aussi quand ça coince. Ça permet de débloquer les choses. Enfin l’assemblée générale annuelle est un moment de réflexion auquel participe généralement une personne extérieure à la résidence pour dépasser certaines difficultés. » Non seulement ça marche depuis trente ans, mais le passage progressif à la copropriété -le Toit Angevin a proposé aux locataires d’accéder à la propriété une douzaine d’années après la construction- n’a pas modifié l’ambiance de la résidence. « Au départ cette accession se fait sur la base du volontariat, désormais chaque logement qui se libère est mis en vente si bien que les propriétaires sont devenus majoritaires, précise Dominique. » La vie n’est pas un long fleuve tranquille et ce hameau de ville a connu ses conflits. « Des habitants sont partis parce que des couples se séparaient, on a eu également des locataires qui ne souhaitaient pas s’intégrer à ce mode de vie, comptabilise Bruno, mais à ma connaissance, en trente ans, seuls deux foyers sont partis fâchés. »

Alors Habitat différent continue de vivre sa vie au fil des fêtes, spontanées ou organisées, des week-ends jardinages (deux fois l’an tout le monde s’y met). Et comme la solidarité est son moteur le studio commun est mis à la disposition des SDF en hiver. « Deux nuits par semaine, simplement pour leur permettre de souffler, précise encore Bruno, et les personnes accueillies sont sous la responsabilité d’un foyer d’habitants chaque fois différent. »

Toutes ces précisions sont en fait des réponses aux questions qu’ont posé les visiteurs berrichons. Les Castelroussins ont évidemment été sensibles à cet habitat posé dans un jardin luxuriant, mais c’est bien l’état d’esprit, la générosité du projet qui leur a donné l’énergie nécessaire pour construire le leur. Avec des jeunes, parce que les doyens d’Habitat différent avaient entre vingt-cinq et trente ans lorsqu’ils ont inventé leur lieu de vie.

« Finalement conclut Juan, ce n’est pas des habitants différents, mais des habitants normaux. Je voulais avoir de vrais voisins et je les ai trouvés. »

Pierre Belsoeur


L’éco-quartier Les Prés, habitat écologique en ville

Emmanuelle Burdan (au centre) à l’intérieur de l’espace délimité par les trois bâtiments

 

Toutes les ouvertures principales donnent au sud, pour économiser le chauffage.

Sur le plateau des Capucins, à Angers, un éco-quartier est devenu réalité en 2013. Une réalisation plus proche de ce que l’on pourrait envisager à Châteauroux.

La première étape des visiteurs Castelroussins était pour le Hameau Les Prés, un habitat collectif cette fois de vingt-trois logements dont le fonctionnement reprend dans les grandes lignes celui d’Habitat différent. Une visite complémentaire d’Habitat différent car, s’il était intéressant de découvrir l’évolution à long terme d’un tel concept, Les Prés confirment qu’il est toujours possible actuellement de mener à bien un tel projet, surtout quand un organisme HLM, l’OPAC dans le cas qui intéresse Châteauroux, est au coeur du projet.

Dans le cas des Prés l’idée est partie de la CABA, une coopérative de consommateurs du réseau Biocoop. Le choix : habiter écologique en ville. Là encore les volontaires ont fait le tour des organismes HLM et c’est Val de Loire qui a accepté de tenter l’expérience. On était alors en 2005. L’office HLM fait partie de la copropriété puisque le principe n’est plus la location simple, mais l’accession à la propriété. « Actuellement, précise Agnès, à l’origine du projet, nous avons 16 accédants et 7 locataires de l’office HLM. » Là encore les candidats habitants ont pu choisir le terrain, orienté en fonction de leur projet, leur architecte, afin qu’il élabore des appartements respectant les normes HLM mais utilisant un maximum de techniques bio (ossature bois, isolation en matériaux naturels, récupération des eaux de pluie, chaudière collective à granulat pour le chauffage et l’eau chaude…). « Nous étions maître d’ouvrage associé » précise Agnès. Le résultat, qui a retenu l’attention des visiteurs castelroussins c’est le montant des loyers 516 € charges comprises pour un T2 de 48m2, moins de 600 € pour un T3.

Le fonctionnement est très proche de celui d’Habiter différement. « Nous avons un local commun qui sert de salle de réunion, permet aux locataires d’accueillir leur famille pour un repas, deux canapés peuvent aussi servir pour des couchages supplémentaires. Une buanderie attenante est une autre occasion de rencontres, les machines sont communautaires ou appartiennent à des particuliers, elle sont alimentées par la réserve d’eau de pluie. Nous avons choisi de faire nous même l’entretien des espaces verts et des parties communes. Tout cela est géré à l’occasion d’une réunion mensuelle dont la date est choisie afin de ne pas tomber sur le même jour de la semaine. On y examine tout ce qui s’est passé, sans interdits et les décisions d’investissement doivent recevoir l’assentiment de 80 % des habitants, copropriétaires ou locataires. »

Inaugurés en 2013, Les Prés n’ont pas le charme d’Habiter autrement, leur structure est verticale et la végétation n’a pas encore colonisé les espaces verts, mais le modèle est quasiment transposable en Berry.

« Dix à quinze habitations, c’est la bonne taille, estime Agnès, qui a rappelé aux Castelroussins que l’habitat partagé c’est d’abord une affaire de patience et que les contraintes financières n’étaient pas aussi lourdes voici trente ans. » Mais la chance de Châteauroux, c’est d’avoir le programme national de rénovation urbaine 2 qui participe à cette expérience d’habitat partagé.

P.B.

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